Comment les brasseries peuvent réduire leur facture énergétique et leur empreinte carbone
Le secteur de la brasserie artisanale est en plein essor, mais il est aussi particulièrement gourmand en ressources. Entre la chaleur requise pour la cuisson et le froid nécessaire à la fermentation, la production de bière génère une empreinte énergétique et carbone non négligeable. Heureusement, des solutions concrètes existent pour allier passion du brassage, économies financières et respect de l'environnement.
Voici un aperçu des meilleures pratiques et technologies pour décarboner une brasserie. Le défi ? Le retour sur investissement, souvent trop long : certaines solutions peinent à devenir rentables avant plusieurs années.
1. La gestion des données : On ne gère bien que ce que l'on mesure
Avant de se lancer dans de lourds investissements, la première étape indispensable est de faire un état des lieux de ses consommations.
- Suivre les indicateurs clés (KPI) : Calculez votre consommation spécifique d'énergie (ex. en kWh ou MJ par hectolitre de bière produit).
- Sensibiliser les équipes : Impliquez le personnel dans la chasse aux gaspillages (extinction des équipements inutilisés, signalement des anomalies). Une culture d'entreprise orientée vers la sobriété offre des gains immédiats à coût nul.
2. Optimiser l'énergie thermique (La chaleur)
L'empattage, l'ébullition du moût et le nettoyage des installations (systèmes CIP) représentent la majeure partie de la consommation de chaleur d'une brasserie.
- La récupération de chaleur sur le refroidissement du moût : C'est le système de base le plus rentable. L'eau froide utilisée pour refroidir le moût chaud avant la fermentation ressort chaude. Cette eau doit impérativement être récupérée et stockée dans un réservoir d'eau chaude pour servir à l'empattage du brassin suivant ou au nettoyage.
- La récupération des vapeurs à l'ébullition : Lors de l'ébullition du moût, une grande quantité de vapeur s'échappe. L'installation d'échangeurs thermiques permet de condenser ces buées pour préchauffer l'eau d'alimentation ou le moût avant ébullition, réduisant drastiquement le recours au gaz ou au fioul.
- L'intégration du solaire thermique : Installer des capteurs solaires thermiques sur le toit de la brasserie est une option pour préchauffer l'eau de brassage ou l'eau chaude sanitaire.
- L'isolation des équipements : Isoler les cuves de brassage, les tuyauteries de vapeur et les cuves d'eau chaude limite les pertes par convection et rayonnement.
3. Maîtriser l'énergie électrique (Le froid et les moteurs)
Le refroidissement des cuves de fermentation, le stockage de la bière et le conditionnement représentent les principaux postes de dépenses d'électricité.
- Optimiser le système de réfrigération : La fermentation est une réaction exothermique qui demande un refroidissement constant. Assurez-vous que les lignes de distribution de glycol sont parfaitement isolées, nettoyez régulièrement les serpentins des condenseurs et ajustez finement les cycles de dégivrage.
- Installer des variateurs de vitesse (VSD) : Équiper les pompes, les ventilateurs et les lignes d'embouteillage de variateurs de vitesse permet d'ajuster la puissance des moteurs électriques aux besoins réels.
- Traquer les fuites d'air comprimé : Dans l'embouteillage et l'enfûtage, l'air comprimé est omniprésent. Une maintenance régulière des joints et des conduits permet de soulager le compresseur.
- Éclairage LED et détecteurs : Le passage aux ampoules LED basse consommation associé à des détecteurs de mouvement réduit facilement la facture électrique.
4. Panneaux solaires : une énergie verte et rentable
Les panneaux solaires représentent une solution efficace pour réduire la dépendance aux énergies fossiles. La Brasserie Léman (Haute-Savoie, France) a installé des panneaux photovoltaïques sur la toiture de son bâtiment de production. L'électricité produite couvre une grande partie des besoins en journée, précisément au moment où les machines de conditionnement, l'éclairage et les pompes de transfert fonctionnent le plus.
5. Économie circulaire et symbiose industrielle : Valoriser ses déchets
Une brasserie durable ne se contente pas d'économiser l'énergie, elle réintègre ses sous-produits dans le cycle économique.
- La valorisation des drêches : Les drêches représentent le déchet solide le plus important. La solution classique consiste à les donner ou les vendre à des agriculteurs locaux pour l'alimentation du bétail. Une autre piste est la méthanisation pour produire du biogaz.
- Le captage et la réutilisation du CO₂ : Les brasseries peuvent investir dans des systèmes de purification et de liquéfaction du CO₂ pour récupérer ce gaz et l'utiliser lors de la carbonatation ou de l'embouteillage.
Exemple inspirant : La Brasserie De Halve Maan (Bruges, Belgique) utilise le biogaz extrait des eaux usées pour produire de la vapeur, réduisant ainsi sa dépendance aux énergies fossiles.
Exemple inspirant : La Brasserie La Nébuleuse (Suisse) a mis en place un système capable de capter entre 90 et 95 % du CO₂ naturellement émis par ses cuves de fermentation, avec un modèle mobile et partagé (notamment avec un domaine viticole voisin pour les vendanges), réduisant ainsi le coût d’investissement pour la structure.
6. Recyclage des levures : une ressource à ne pas gaspiller
Les levures sont des micro-organismes essentiels pour transformer les sucres en alcool et en gaz carbonique lors de la fermentation. Après la fermentation, une centrifugeuse permet de séparer les matières en suspension dans la bière, offrant deux avantages :
- Récupérer de la bière pour la remettre en production.
- Extraire des levures, dont la revalorisation est à l'étude pour des débouchés dans l'alimentation animale, les compléments nutritionnels ou la cosmétique.
Exemple : La Brasserie de Silly (Belgique) produit environ 250 tonnes de résidus par an, dont les levures pourraient être valorisées.
Devenir une brasserie éco-efficiente ne nécessite pas forcément de transformer du jour au lendemain ses installations en usine du futur. En commençant par des actions simples (mesure, isolation, chasse aux fuites) et en planifiant à moyen terme des investissements de récupération de chaleur, d'énergies renouvelables ou de valorisation des sous-produits, les brasseurs prouvent que performance économique et engagement environnemental s'associent pour le meilleur !